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08/05/2010

Un futur devenu inacessible?

JLSS.jpgEssayiste, homme de médias, et patron de presse, Jean-Louis SERVAN-SCHREIBER est obsédé par le temps. Ou, plus exactement, de notre obsession par le temps. Il vient de publier, le 6 mai dernier, un nouveau livre, intitulé "Trop Vite!", dans lequel il dénonce la dictature du court-terme, véritable fuite en avant, qui caractérise non seulement  l'action publique et celles des grandes entreprises, mais aussi, selon lui, un grand nombre de nos comportements.

Selon lui nous sommes anthropoligiquement orienté vers la recherche de la vitesse. Celle qui permet à notre corps limité de retrouver enfin le niveau de performance de notre cerveau. La vitesse, finalité de la création de la machine qui démultiplie la force de la main d'oeuvre. La vitesse comme objet principal de la dépense énergétique transformatrice du monde.

Cependant, selon JLSS, nous avons aujourd'hui atteint, sans le voir venir, "le point d'excès"...  Dans une interview accordée aux échos, JLSS affirme: "Nous avons atteint le moment de basculement à partir duquel se produit une dégradation de notre performance, une perte d'efficacité globale de la machine. Chacun peut le constater: nous sommes incapables de faire face aux impératifs de réformes, aux prises de décisions fondamentales, que ce soit dans le domaine politique, financier, ou environnemental."

"Face au cocktail d'informations et de sondages [...] la tentation est grande de céder à l'accélération législative, quitte à transiger sur la qualité de la loi."

Dans le domaine privé, dans les grandes entreprises, JLSS rappelle "qu'il n'y a pas si longtemps, les PDG présentaient à leurs conseils d'administration  un plan stratégique à cinq ans. [...] Aujourd'hui, connaît-on beaucoup de chefs d'entreprise qui se risquent à prévoir sérieusement au delà d'un an? Le futur semble être devenu inacessible."

Et de pointer, dans le domaine politique, et en France en particulier, les dérives de la démocratie d'opinion dans laquelle nous sommes aujourd'hui englués. Pour Servan-Schreiber, face au cocktail d'informations et de sondages à laquelle gouvernants et gouvernés sont exposés, la tentation est grande pour les premiers de répondre aux questions posées par l'actualité via l'accélération du processus législatif, "quitte", estime-t-il, "à transiger sur la qualité des lois". Un pouvoir en mode "réactif" permanent n'a dès lors, plus qu'une réelle option: "à quel moment prendre de vitesse l'opinion? A quel moment faut-il temporiser? C'est un problème pour lui [le pouvoir] mais c'est aussi devenu un problème pour la démocratie."

"Une illustration supplémentaire de la nécesssité de re-placer les idées, plutôt que les leaders, en vitrine de notre système politique"

Un problème pour la démocratie, car face à un électeur devenu très "consommateur", le dirigeant politique devient du même coup de plus en plus prudent et adopte en permanence une posture électorale. "Comment gouverner à longs termes dans ces conditions?" s'interroge JLSS.

 Une illustration supplémentaire de la nécesssité de re-placer les idées, plutôt que les leaders, en vitrine de notre système politique. Les premières sont le fruit de réflexions longuement muries, de traditions et de cultures politiques fortement ancrées dans l'opinion. Les leaders eux ne sont que des hommes et des femmes, individus isolés, portés naturellement par leur destin personnel, mais dont l'échelle de temps, celui d'une carrière, n'est absolument pas comparable à celle du développement de notre société.