Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

23/06/2010

Un comité de salut public pour l'équipe de France?

anelka-domenech.jpgEn ces temps de défaite qui préparent les grandes révoltes, et face au déferlement de l’ire médiatique et populaire qui s’effondre sur l’équipe de France de football, des constats s’imposent, des bilans sont à tirer, des leçons à retenir…

Mais, si au-delà du rôle de miroir de la société française que certains confèrent à l’équipe de France, nous essayions simplement de regarder en face les responsabilités de chacun dans cette histoire, y compris celle des médias et du public, ne constaterions nous pas  à quel point le trait de caractère vraiment français de cet épisode rocambolesque n’est autre que l’incapacité absolue  de notre pays à ASSUMER !

 

Au palmarès des lynchés, malgré quelques tentatives désespérées de se hisser au dessus du cloaque en s’appuyant sur les erreurs des autres -  comme il l’a fait en s’improvisant « porte-parole / médiateur » des joueurs grévistes : l’impayable Raymond !

De l’impudeur complète en 2008 lorsqu’il demande sa compagne en mariage espérant que les ménagères privilégieraient son romantisme à son incompétence,  il est allé jusqu’à la grossièreté pure et simple en refusant de serrer la main à un sélectionneur étranger respecté. Le Ray ne nous aura rien épargné. Mais, au-delà de sa communication « décalée», qui, s’il avait été assez compétent pour gagner une coupe du monde, aurait été vue comme la marque du génie, ce qui a posé problème, c’est l’incapacité de cet homme à se remettre en question, à écouter les conseils avisés des anciens…

Aveuglé par un ego aux airs monstrueux, Domenech, on avait l’impression qu’il ne voulait pas varier, même sachant qu’il avait tort.

 

Un acharné pareil aurait du être « détecté » comme on dit dans le jargon, il y a lontemps ! Et en ce sens, la responsabilité des patrons, de la Fédération Française de Football, de la Direction Technique Nationale, de Jean-Pierre ESCALETTES, de Gérard HOUILLER est immense. Ce sont eux qui n’ont pas su déceler l’incompétence du sélectionneur ; plus grave encore, ils n’ont pas voulu la voir en 2008 après l’échec de l’Euro… sans doute pour ne pas céder à des clans, sans doute pour ne pas céder de leur pouvoir. C’était en coulisse en 2008…en 2010, l’indigence du système éclate au grand jour et appelle une refonte totale de la gouvernance « amateurs – professionnels », inhérente à la FFF.

Que Monsieur ESCALETTES n’en ait pas perçu la nécessité avant, est une chose ; qu’il ne parvienne pas à assumer sa grande part de responsabilité dans cet échec, et qu’il ne propose pas immédiatement sa démission en est une autre et en dit long sur la façon dont notre société fonctionne : on préfère aujourd’hui essuyer le déshonneur, la vindicte populaire, en misant sur un rapide assoupissement médiatique, pour rester en poste… quelles que soient les motivations réelles pour de tels sacrifices, il est évident que les non-initiés en tireront des conclusions pleines de soupçons sur les avantages matériels liés à ses fonctions. La place est-elle si bonne qu’on s’y attache autant, ou est-ce la société « commune » qui ferait peur à ces messieurs ?

 

« On préfère aujourd’hui essuyer le déshonneur [...] que démissionner  […] il est évident que les non-initiés en tireront des conclusions pleines de soupçons sur les avantages matériels liés à ses fonctions »

 

La question n’est pas si anodine quand on l’oriente vers ceux « qui ne peuvent pas démissionner » : en l’occurrence, les joueurs. Que n’entend-on pas aujourd’hui sur ces joueurs surpayés qui mouillent plus le maillot de leur club parce qu’ils peuvent en changer tous les ans moyennant salaire, que pour le maillot de leur sélection nationale dont ils se croient cadres incontournables… C’est certainement vrai… mais à relativiser aussi ! Car le malaise des équipes de stars se retrouvent dans de nombreux pays, comme l’Angleterre. Et là, c’est aux dirigeants de savoir conférer l’autorité nécessaire à l’encadrement pour diriger des joueurs dont la durée de carrière est supérieure à celle des sélectionneurs. Il n’y a là aucun problème d’argent, cela a toujours été vrai. Mais quand on nomme Laurent BLANC avant même le mondial, quelle autorité peut dégager le sélectionneur en place ?

 

Alors oui, ce sont des enfants gâtés, leur vie de groupe est sans doute compliquée, et surtout, ils ne sont pas bons sur le terrain…  mais, comme Frédéric MITTERRAND, je n’aime pas brûler ceux que j’ai adorés ; et encore moins mettre dans le même panier tous les joueurs, sachant que certains sont évidemment plus fautifs que d’autres… je pense en particulier à Thierry HENRY qui est le dernier champion du Monde 1998 de l’équipe de France, qui doit subir cette sortie indigne de lui.

 

« Nous aurions pu, à défaut d’étoile, gagner notre honneur dès le mois de novembre. Aujourd’hui nous n’avons ni l’une, ni l’autre. »

 

Comme il doit regretter aujourd’hui, de ne pas avoir signalé à l’arbitre de la rencontre France-Irlande la faute de main qu’il avait commise pour contrôler cette balle de but qui nous envoyait en Afrique du Sud. Doit-on lui en vouloir ? Il doit déjà s’en vouloir …

En revanche, c’est à ceux dont la position permettait plus de hauteur de vue que nous pouvons en vouloir… Domenech, qui voulait qu’on « lui laisse vivre la joie de la qualification » (sic) en conférence de presse ; Escalettes qui a refusé de faire re-jouer le match.

 

Nous aurions pu, à défaut d’étoile, gagner notre honneur dès le mois de novembre. Aujourd’hui nous n’avons ni l’une, ni l’autre.

 

« Dans le déferlement de cette vindicte populaire et médiatique, au nom de l’honneur du maillot, au nom des valeurs, au nom de l’image de la France, quels sont réellement les sentiments qui nous animent ? »

 

Ce fiasco mérite de faire apparaître des responsables ! Ils ne seront pas durs à trouver.

Mais dans le déferlement de cette vindicte populaire et médiatique, au nom de l’honneur du maillot, au nom des valeurs, au nom de l’image de la France, quels sont réellement les sentiments qui nous animent ? Est-ce l’honneur, le patriotisme, l’amour du football ?

J’ai plutôt l’impression de voir surtout beaucoup de haine, de jalousie, de rancœur à l’encontre des « fautifs », et finalement, cette violence des propos et des sentiments que nous dit-elle ?

 

Aurions nous tous la prétention de faire mieux que ces joueurs – à part Nasri, Benzema, et quelques joueurs non sélectionnés, assurément non – ; que cet entraîneur – là ils sont un peu plus nombreux, mais pas 60 millions loin s’en faut ; que ces dirigeants – encore un peu plus assurément… et encore…

 

L’unanimité existait-elle en France pour rejouer le match contre l’Irlande… loin s’en faut !

 

Alors, faisons en sorte que « l’épuration » qui va avoir lieu dans les prochains jours, ne soit pas le fruit d’un règlement de compte défoulatoire. Les incompétents doivent partir certes, mais il faut également respecter leur échec, et apprécier leur silence.

 

Là où notre image a été ternie par de l’incompétence, essayons de montrer au monde que notre pays sait aussi accepter ses échecs sans chercher de victime expiatoire. Que les Robespierre attendent un peu, la FFF n'a pas besoin d'une révolution, elle a besoin de réformes, la France elle n'a en tout cas surtout pas besoin de se transformer en comité de salut public.