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18/02/2015

Le 49.3, arme des faux-culs

49.3.pngCeux qui avaient l’habitude de consulter régulièrement ce blog auront sans doute remarqué que mes billets se font très rares. Ceux qui me connaissent, auront sans doute aussi compris que mes nouvelles fonctions me laissent peu de liberté pour nourrir ce blog ou mes comptes facebook ou twitter.

Notre paysage politico-médiatique n’offrant cependant pas aussi souvent qu’il le devrait des débats constitutionnels, je saisis l’occasion de l’utilisation par le gouvernement de l’article 49.3 du texte fondamental de la Vème République pour rappeler dans quelle situation catastrophique celle-ci se trouve aujourd’hui.

Tout le monde s’en rend compte, et se plaint quotidiennement de notre système politique incapable de produire autre chose que des oppositions stériles.

Tout le monde en voit les symptômes, et crie au scandale devant l’utilisation de cette machine à faire taire l’Assemblée nationale qu’est l’engagement de la responsabilité du gouvernement par la question de confiance.

Tout le monde en pressent l’issue tragique, et angoisse devant l’incapacité de notre système politique à se réformer et réformer le pays.

 De Gaulle voulait un Président situé « au dessus des partis », François Hollande en fait un Président « infra-rouge »

 Et pourtant, dès qu’il s’agit de remettre en cause le fonctionnement de nos institutions, du fait majoritaire ou de la confusion des pouvoirs qui en résultent, tout le monde s’accorde à dire que la Constitution de la Vème République est un patrimoine national au moins aussi précieux que le Palais de Versailles. Mais demande-t-on à un monument d’être le garant du fonctionnement démocratique d’une société en permanente évolution ?

La « statue du commandeur » gaulliste est depuis longtemps...


La « statue du commandeur » gaulliste est depuis longtemps reniée par les coups successifs portés à la constitution du Général.

De Gaulle voulait un Président arbitre, situé au dessus des partis et des empoignades politiques.

Le quinquennat en a fait un homme de clan élu par une moitié de français exaspérée plus que l’autre par l’impuissance gouvernementale.

Avec François Hollande, l’emploi du 49.3 devient un magistral aveu de faiblesse, et abaisse la fonction à celle d’un Président « infra-rouge », obligé de passer en dessous des fourches caudines de l’aile gauche de sa majorité.

Le plus navrant est le cynisme de cette opération montée de toute pièce par le stratège François HOLLANDE dont on aurait tort de sous-estimer la finesse politique et l’utilisation à son avantage des travers de la Vème République.

 La stratégie Hollande : se servir des cris d’orfraie de son aile gauche pour faire croire qu’il mène une politique réformatrice.

Depuis la « sortie » de Montebourg de septembre 2014, la stratégie de François HOLLANDE est claire : provoquer son aile gauche dont il ne craint pas la rupture, et, au contraire,  apprécie les critiques qui lui donnent, à peu de frais, des airs de réformateur social-démocrate.

Dans le pire des cas,  si sa majorité devient trop étriquée : il aura enfin  le prétexte tant attendu pour dissoudre l’Assemblée nationale et se retrouver dans la posture confortable du Président-opposant, clef de toute ré-élection sous la Vème République.

Si, plus probablement,  les fameux « frondeurs » la mettent en sourdine, et se soucient plus de leur siège de député, que de la ligne gouvernementale : c’est gagné aussi pour Hollande qui passe ainsi pour un Président courageux capable de mener contre sa propre majorité présidentielle la politique réformatrice attendue par une majeure partie des français.

Le piège est encore plus pervers pour l’opposition actuelle qui voit cette stratégie de communication la faire passer pour plus systématique qu’elle ne l’est réellement.

En effet, en tant qu’électeurs de la droite et du centre nous sommes en droit de nous interroger : si cette loi est si libérale et réformatrice, pourquoi donc nos élus UMP et UDI ne la votent-ils pas ? Pourquoi n’y a-t-il pas, comme le rappelait Manuel VALLS, de majorité « alternative » ? Et montrons ainsi que dans l’intérêt général nous savons nous retrouver contre le conservatisme social mortifère de l’extrême gauche.

Tout simplement parce que la loi Macron ne mérite aucune reconnaissance politique.

L’extrême gauche crie au Thatchérisme pour exciter sa clientèle électorale, certes. Mais à les faire hurler, elle pourrait laisser penser aux citoyens réformateurs manquant de vigilance que cette série de « mesurettes » pourrait abattre d’un seul coup tous les archaïsmes nationaux.

Ce n’est pas en déréglementant les professions juridiques, avec quelques autocars, ou quelques dimanches travaillés que l’on relancera en profondeur la société française. Le compte n’y est pas, et le travail restera désespérément trop cher et trop « risqué » pour nos entreprises. Aucun des moteurs de la croissance n’est activé dans cette loi qui n’est en fait que poudre aux yeux des français.

 La tournure actuelle de la Vème République s’illustre une nouvelle fois par sa caractéristique principale : l’hypocrisie.

La mère de toutes les réformes reste la réforme institutionnelle. Une réforme institutionnelle qui sortira le Parlement de cette immaturité dans lequel on le tient. Puni, baillonné qu’il est, dès qu’il ose s’opposer à la volonté toute puissante du Président. Une réforme institutionnelle qui redonnera à l’opposition parlementaire le pouvoir de dire « OUI » car en situation de co-responsabilité. Celle qui sera capable, enfin, de faire émerger des lois qui reprendront les mesures attendues par une large majorité de français. Des mesures de bon sens, celles que tout le monde attend, mais que personne n’entend… faute de majorité.

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