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12/07/2013

Quel(s) message(s) adresse-t-on aujourd'hui à la jeunesse?

recherche futur.pngDes taux de réussite insolents au baccalauréat, la suppression de la bourse au mérite chez les bâcheliers, la nomination de la célèbre Catherine "super-nany maman gateau" SULTAN des juges de la famille à la tête de la PJJ... à lire la presse ces derniers jours, tout semble aller pour le mieux pour nos jeunes! Brillants dans les études, ils semblent en plus avoir tourné la page de la petite délinquance, devenue si résiduelle, que l'on peut désormais revenir avec bonheuer aux valeurs soixante-huitardes oubliées sous Sarko et nommer à la tête de l'institution, l'apôtre du "il faut bien que jeunesse se passe".  

Avec quelques jours d'intervalle, ces informations sont passées - quasiment - inaperçues, et pourtant elles en disent long sur la façon dont le dogmatisme de la bien-pensance, l'impérieuse nécessité des bons sentiments, le triomphe de la démo-mediocratie sur la République méritocratique, sont en train de préparer un avenir bien sombre à la jeunesse de notre pays.


François Hollande ne pouvant pas cocufier tout son électorat, il tâche au moins d'être raccord avec les vieilles lunes de la gauche bien-pensante. L'une d'entre elle, et certainement, une des plus néfaste à notre société est sa passion pour l'égalitarisme au prix du nivellement par le bas, au prix surtout, de donner un modèle à notre jeunesse bien peu conforme à la réalité du monde dans lequel elle vit.

"Depuis trente ans, au lieu d'amener 80% d'une classe d'âge au bac, on a amené le bac au niveau de 80% d'une classe d'âge."

Car, quoi de plus difficile que de critiquer l'élévation général du niveau de connaissance des jeunes français qu'était censé représenter l'accès de 80% d'une classe d'âge au baccalauréat? Au risque de passer pour un dangereux réactionnaire, et d'être accusé de vouloir laisser les élèves tremper dans l'inculture, je me permets d'interroger l'institution sur la politique du chiffre qu'elle a instauré depuis qu'elle s'est fixé ce noble objectif. Depuis trente ans, au lieu d'amener 80% d'une classe d'âge au bac, n'a-t-on pas, plutôt, amené le bac au niveau de 80% d'une classe d'âge.

Au nom de l'égalitarisme, on a imposé un collège unique destructeur pour les élèves décrochés depuis la 6ème et obligés de s'y ennuyer ferme, mais aussi pour toutes celles et tous ceux qui les cotoient et qui sont, inexorablement, tirés vers le bas.

"Pourquoi s'intéresse-t-on plus dans ce pays au nombre de bacheliers qu'au nombre d'élèves qui sortent sans aucun diplôme de l'université?"

Plus grave encore, au nom de l'égalitarisme, on déverse chaque année des centaines de milliers de jeunes sortis du nid douillet de l'éducation nationale dans l'univers froid et impersonnel de la fac. Pourquoi s'intéresse-t-on plus dans ce pays au nombre de bacheliers qu'au nombre d'élèves qui sortent sans aucun diplôme de l'université?

La ré-industrialisation de notre pays passe aussi par la capacité à former des jeunes dans les métiers manuels aujourd'hui si dévalorisés et pourtant souvent bien plus rémunérateurs que les "emplois de service" après lesquels courent les myriades de titutaires de Bac Pro Secrétariat.

Ne comptons pas sur le ministre du redressement productif pour oser dire, ce que pourtant, beaucoup pensent tout bas. Le gouvernement est au prise avec une frange particulièrement dogmatique de son électorat. Celle-ci vient même de lui imposer la suppression des bourses au mérite. Concrètement les élèves boursiers diplômés du Bac avec mention Très Bien ne disposeront plus d'une aide supplémentaire. "Après tout, c'est vrai, déjà qu'ils ont la "chance" d'être travailleurs et brillants, l'Etat ne va pas en plus leur donner de l'argent supplémentaire qu'elle pourrait attribuer à ceux qui n'ont pas la volonté de réussir leurs études et gagneront donc moins bien leur vie", entend-t-on parfois dans les salons les plus bien pensants. Jules FERRY se retourne dans sa tombe, la méritocratie, et l'éducation nationale comme outil d'élévation sociale aussi.

"La nomination de Catherine SULTAN illustre un certain mépris pour les éducateurs, en témoigne le titre de son livre "je ne parlerai qu'à ma juge"... sous entendu, les autres sont des imbéciles."

La doctrine égalitariste de la gauche est bien vivante, et elle demande chaque jour des gages à notre société. De la même façon qu'elle considère le bon élève comme un privilégié, elle voit les mineurs délinquants avant tout comme des victimes de la société dans laquelles ils évoluent.

La nomination de Catherine SULTAN comme directrice de la Protection Judiciaire de la Jeunesse illustre parfaitement cet état d'esprit. Je l'avais rencontrée en tant que Présidente de l'Association française des Magistrats de la Jeunesse et de la Famille dans le cadre de la mission que Nicolas SARKOZY avait confié à Yvan LACHAUD sur la délinquance des mineurs afin d'imaginer des solutions innovantes et alternatives à la prison pour les mineurs. Ce qui m'avait alors le plus marqué, était le mépris dans laquelle elle tenait non seulement la représentation nationale et plus généralement le peuple, mais aussi l'ensemble des professionnels de la jeunesse: enseignants, policiers, éducateurs, parents.sultan.jpg

Elle assume même cet état de fait dans le livre qu'elle a publié en avril dernier qui s'intitule "Je ne parlerai qu'à ma juge" sous entendu, les autres ne sont que des imbéciles. Ce à quoi nous répondrons, que non seulement elle semble confondre deux fonctions pourtant essentielles et obligatoirement distinctes de la justice que sont celles de juge et d'avocat, mais que de plus, elle se laisse souvent abuser par le jeune délinquant, plein de contrition dans son cabinet,  qu'elle laisse sortir pour insulter celles et ceux qui veulent l'éduquer au quotidien, et pour qui le mot "sanction" signifie quelque chose.

 Sa nomination est donc un bien mauvais signal adressé aux victimes, aux délinquants, mais aussi et surtout, à tous les éducateurs de la PJJ en détresse faute de moyens de faire leur métier, dont l'autorité fait indégnablement partie. Autorité, que la suprématie du juge, seul décisionnaire quant à la ré-éducation des jeunes délinquants dans notre système, vient de facto, démentir.

Prenons garde de ne pas donner à cette jeunesse qu'on prive de métiers faute de réforme, de repère faute de pragmatisme, et d'avenir faute de courage, les raisons de se retourner violemment contre ses ainés. Le sentiment de culpabilité de ces derniers ne doit pas servir d'excuse à la faiblesse; il doit, au contraire leur imposer la volonté de transmettre des valeurs indispensables à la vie en société; celles qui ne s'achètent pas.

Ne laissons pas aux jeunes, pour seule réponse que la violence sourde du vote extrême. C'est l'impasse dans laquelle on est en train d'enfermer toute une génération.

 

 

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