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25/03/2013

La Vème République nuit gravement à la démocratie...

o-MANIF-POUR-TOUS-GAZ-570.jpgDeux des évènements qui ont marqué ce week-end illustrent parfaitement l'essouflement de notre vie politique. Etoufée par des institutions où le dialogue et la concertation ont intégralement laissé la place au dénigrement systématique et aux artifices de la communication, notre démocratie doit faire face à une crise de légitimité qu'elle ne pourra surpasser qu'au prix du rétablissement de contre-pouvoirs aujourd'hui décrédibilisés voire inexistants.


Quand la Droite reprend le répertoire d'action politique de la Gauche.

Les incidents en marge de la manif contre le mariage gay (voir ma position sur la question ici) illustrent la tension qui agite aujourd'hui une partie de l'électorat, habituellement peu encline à manifester. Se souvenant du succès initial remporté en 1984 pour l'Ecole Libre, elle semble aujourd'hui déterminée à utiliser la rue, et la manifestation pour imposer son point de vue. Et de fait, il semble pour beaucoup de nos concitoyens que non seulement la manifestation de rue soit devenue le terrain "naturel" d'expression de l'opposition, mais qu'elle ait même vocation à supplanter le parlement. Alors qu'il devrait être le lieu légitime d'une confrontation d'idée, on voit bien aujourd'hui en quelle inutilité nos concitoyens tiennent l'Assemblée nationale. 

Mais avec la décrédibilisation du Parlement,  c'est le consensus de la patience, qui est une des conditions essentielles à l'existence d'une démocratie apaisée, qui est en train de s'écrouler. 

"Le consensus de la patience, condition essentielle de la démocratie est en train de s'écrouler."

On se souvient des appels à la "Résistance" que lançaient certains intellectuels de gauche face à Sarkozy. Certains théorisaient même la "désobéissance républicaine". Une tartufferie révolutionnaire assez déplaisante, mais habituelle dans les bouches de gauche. Voilà qu'à présent, ce sont les opposants de droite à Hollande qui nous appellent à prendre le maquis!

La violence de cette opposition se nourrit d'une élection présidentielle "ultra-personnalisée" dont la légitimité est de plus en plus rapidement battue en brèche par les sondages "d'impopularité". Comme je l'indiquais ici, les réformes dont notre pays a besoin sont si profondes qu'elles ne peuvent être portées par les épaules d'un seul homme. On mesure avec François Hollande en 2013, quel volontarisme il aura fallu à Nicolas Sarkozy pour gouverner comme il l'a fait pendant 5 ans. On notera d'ailleurs que sur le cas précis du "mariage pour tous", François Hollande tente de faire exactement ce qu'il reprochait à Nicolas Sarkozy en "opposant les français les uns aux autres". Mais quand Sarkozy le faisait sur des clivages majeurs et avec pour but de réformer le pays, Hollande le fait sur des questions sociétales pour soigner son image personnelle.

Quand les français veulent sortir du schéma qu'on leur impose depuis 20 ans.

Nos institutions "bi-polarisantes" produisent des gouvernants pyromanes, et des opposants outranciers qui ne manquent pas de lasser la plupart de nos concitoyens. Mais les français ont généralement horreur de se laisser imposer leur façon de penser par la "sphère politico-médiatique" et cherchent toujours une porte de sortie aux voies tracées d'avance.

Après l'occasion manquée de 2007, le centre est encore convalescent et peine à retrouver le discours institutionnel fort qui devrait être le sien. C'est donc un nouveau clivage que les français sont en train d'imposer à la politique: renvoyant droite et gauche "de gouvernement" à leurs querelles incessantes pour le pouvoir, elle se tourne lentement mais surement vers ceux "qu'on a jamais essayé" comme on les appelle au Café du commerce...

"Dans une démocratie on ne règle pas les problèmes en faisant taire ceux qui les exposent" 

Dans un contexte politico-judiciaire très favorable, le résultat du FN dans la législative partielle de l'Oise, même marqué par l'abstention, démontre cette volonté de bousculer les choses. Parmi les électeurs de la candidate FN de l'Oise, combien sont vraiment prêts à quitter l'Euro, et même à voir Marine Le Pen à l'Elysée. Une minorité sans doute. Mais combien sont-ils à se demander pourquoi le troisième parti de France n'a que trois députés? Une majorité assurément.  Dans une démocratie on ne règle pas les problèmes en faisant taire ceux qui les exposent (voir mes préconisations pour lutter contre le FN). Dans une démocratie on règle les problèmes en transparence en votant pour les solutions en fonction de leur qualité, pas de qui les propose.

Saurons nous donc réformer notre démocratie avant que les français ne se sentent contraints de "renverser la table" pour avoir le sentiment qu'on les écoute, et qu'on les représente? Saurons nous donc mettre en face de l'exécutif des contre-pouvoirs objectifs et représentatifs de la diversité politique de la société française? Saurons nous mettre un terme à cette démocratie de la confrontation et y substituer une démocratie de la négociation?  Saurons nous adopter une Sixième République ?

 

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