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17/01/2012

La question du mariage gay interroge nos institutions sur leur capacité à prendre des décisions politiquement et socialement correctes

mariage gay, société,proportionnelleQuand nos institutions escamottent le spectateur impartial et lui préfèrent systématiquement l'effet Olson.

Un peu comme tout le monde, j'ai un avis sur les questions relatives au mariage et à l'adoption par les couples gay. J'ai essayé de le construire à force de réflexion, en mettant face à face, à la fois le sentiment d'empathie que je peux ressentir pour les personnes directement concernées, mes valeurs éthiques, mais aussi et surtout le sens que cette réponse, si elle était appliquée, pourrait donner à la société toute entière.

Cette réflexion, qui comme toute réflexion, n'est pas terminée, et susceptible d'évolution, en est depuis un petit moment à ce point:

Adoption OUI, mariage NON!

Ce qui importe cependant, ce n'est pas mon avis. Après tout, il n'a pas plus d'importance que celui de Madame Michu. Ce qui importe, c'est la façon pour nos institutions de répondre à cette question... 

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Un peu comme tout le monde, j'ai un avis sur les questions relatives au mariage et à l'adoption par les couples gay. J'ai essayé de le construire à force de réflexion, en mettant face à face, à la fois le sentiment d'empathie que je peux ressentir pour les personnes directement concernées, mes valeurs éthiques, mais aussi et surtout le sens que cette réponse, si elle était appliquée, pourrait donner à la société toute entière.

Cette réflexion, qui comme toute réflexion, n'est pas terminée, et susceptible d'évolution, en est depuis un petit moment à ce point:

Adoption OUI, mariage NON!

Adoption OUI parce que l'amour que l'on porte à un enfant n'a pas de sexe, et qu'avoir deux papas ou deux mamans, n'est sur le principe pas plus déstructurant vis à vis de la cellule familiale traditionnelle que de n'avoir qu'un papa ou qu'une maman...

Mariage NON, car le PACS confère les mêmes droits que le mariage d'un point de vue fiscal et successoral, et que par conséquent cette revendication est selon moi de l'ordre du symbole et d'une volonté idéologique de remettre en cause le modèle traditionnel de la famille, qui, pour moi, à défaut d'être promu, doit au moins ne pas être remis en cause, dans un pays où la sécularisation, l'isolement et l'individualisme font de nos concitoyens les premiers consommateurs d'anti-dépresseurs...

On me répond, quid du principe d'égalité dans la République. On me répond, qu'il faut ouvrir la notion de familles aux couples homosexuels.

Ce sont des arguments qui me touchent. Comme me touchent aussi les arguments que l'on peut opposer sur la nature du couple et de sa relation au mariage, basé sur la fondation d'une famille par la naîssance des enfants. Je pense alors aux couples hétéro, que je continue à considérer comme les plus structurants pour l'enfant, et m'interroge sur leurs difficultés à adopter...

"Ce qui importe cependant, ce n'est pas mon avis. Après tout, il n'a pas plus d'importance que celui de Madame Michu. Ce qui importe, c'est la façon pour nos institutions de répondre à cette question."

Alors à l'heure actuelle, je dis: autoriser l'adoption des couples homosexuels: oui; la promouvoir à travers le mariage, non.

Ce qui importe cependant, ce n'est pas mon avis. Après tout, il n'a pas plus d'importance que celui de Madame Michu. Ce qui importe, c'est la façon pour nos institutions de répondre à cette question.

Qu'entend-t-on sur cette question? Que les sondages disent les français favorables au mariage gay... une majorité politique pourrait naître sur cette question si le Président de la République envisageait, lui aussi, d'y être favorable.

"Il y a peu de chances qu'un grand nombre d'électeurs déterminent leur vote en fonction de la position des candidats sur le mariage gay."

Nous avons déjà vu des propositions faire consensus et échouer pour une raison ou pour une autre à arriver au terme du processus législatif. Je pense par exemple au principe de la Taxe Carbone, qui faisait consensus en 2007, mais n'a finalement été portée que par le gouvernement, et finalement rejetée grâce à l'action de l'opposition auprès du Conseil Constitutionnel.

Il y a cependant peu de chances que cela arrive à la question du mariage gay.

Car, si la taxe carbone, sacrifiée sur l'autel de la critique systématique par ses promoteurs naturels que sont les verts, a singulièrement manqué de relais dans l'opinion, il n'en sera pas de même pour le mariage gay. Celui-ci pourra ainsi s'appuyer sur la communauté homosexuelle bien organisée, militante, et surtout concernée par le sujet. Cette proposition bénéficiera donc, à plein régime, de l'effet Olson, défini par Mancur Olson, et selon lequel une minorité agissante finit toujours par imposer ses vues à une majorité passive.

Nos institutions favorisent tout particulièrement ce type de lobbying grâce notamment au mode de scrutin majoritaire qui favorise les choix par élimination aux choix par adhésion.

En l'espèce, il y a peu de chances qu'un grand nombre d'électeurs déterminent leur vote en fonction de la position des candidats sur le mariage gay. La communauté gay, elle y est favorable dans sa grande majorité et en fait un enjeu de campagne. Au delà de son nombre, sans doute supérieur (mais pas forcément), à celui des traditionnalistes, elle est surtout beaucoup moins marquée politiquement que celle de ces derniers, dont l'électorat est considéré généralement comme captif pour la droite et l'extrême droite. Il y a donc tout bénéfice pour les candidats à se montrer favorable sur cette question.

Plutôt que cet effet Olson que l'on retrouve naturellement dans toutes les formes de démocratie, je souhaiterais que nos institutions favorisent une vertu démocratique nettement plus dépendante de la structuration partisane du pays: celle dite du "spectateur impartial" principalement théorisée par le libéral Adam Smith.

"Le scrutin proportionnel, permet d'exprimer aussi des idées par définition, non majoritaires. Plus que les hommes, ce sont les corpus de valeurs défendues par les listes en présence, qui vont déterminer le vote."

Je recommande le lien à tous mes lecteurs, mais pour résumer, c'est l'idée simple selon laquelle "on ne peut pas être juge et partie". Et l'on dirait, que pour avoir une réponse socialement correcte à cette question du mariage gay, qu'il faudrait principalement s'attacher à l'opinion de Madame Michu, plus neutre et moins concernée que ne le serait un homosexuel, un intégriste catholique, ou même un politique en recherche d'électorat.

Alors comment faire?

Première idée, réflexe idéologique (voire populiste) français, le référendum. Je lui préfère généralement la notion de représentation nationale. Mais je le trouve applicable dans certaines conditions: la première, c'est que la question à poser doit comporter une vraie réponse binaire (OUI-NON) et ne pas être susceptible de trouver un "mid-term" consensuel par la négociation; la deuxième, c'est qu'elle ne concerne pas directement les votants sur des intérêts catégoriels trop larges. En l'espèce, la question de l'euthanasie devrait être tranchée par référendum. Elle concerne de près ou de loin tous les français, mais ne les impliquent pas trop directement, ni dans la conséquence de l'acte, ni dans sa réalisation. Le mariage gay, concernant beaucoup moins les français, qui, finalement, dans leur immense majorité, y prêtent une bienveillante indifférence, risque de faire un gros bide.

C'est la raison pour laquelle nous devrions avant tout nous interroger sur le mode de scrutin pour désigner la représentation nationale. Comme pour la présidentielle, le scrutin majoritaire désigne un leader, un homme doué pour le job, qui est de représenter les électeurs de son territoire, et leus intérêts à l'Assemblée nationale. Son job, c'est un peu de représenter nos idées, mais surtout de représenter au mieux son territoire. Sur les idées, comme pour la Présidence de la République, à part les premiers concernés, qui votera aux législatives en fonction des idées des candidats du mariage gay?

Le scrutin proportionnel, permet d'exprimer aussi des idées par définition, non majoritaires. Plus que les hommes, ce sont les corpus de valeurs défendues par les listes en présence, qui vont déterminer le vote. Dans un spectre classique droite-gauche, basé sur les approches socio-économiques, on pourra également choisir deux ou trois autres déterminants du vote, par exemple, le rapport à la laïcité, à la bioéthique, à la politique étrangère, et pourquoi pas au mariage gay... La culture politique française est telle, qu'elle ne peut se résumer au sempiternel droite-gauche UMP-PS, ni même à l'émergence des constestataires MODEM-FN... Quid des anarchistes, des trotskystes, des communistes, des socialistes, des radicaux de gauche, des écologistes de gauche, des écologistes de droite, des sociaux-démocrates, des démocrates-chrétiens, des libéraux, des gaullistes, des nationalistes, des royalistes, des traditionnalistes... bref, toutes ces idées qui font la richesse politique et culturelle de la France et qui feront, ne nous y trompons pas, demain son unité, et sa politique, juste, consensuelle et volontariste.

On me dira, que ce sont des chapelles idéologiques... je répondrai que je les préfère aux écuries présidentielles qui ne sont souvent guère plus grandes que des chapelles.

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