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06/10/2011

A quand un véritable débat énergétique?

chaudfroid.gifLe débat énergétique en France est saisonnier. 

Cet été, depuis le mois de mars et l'accident de Fukushima, les médias n'ont eu de cesse de relever les risques de l'industrie énergétique, mère de toutes les autres.  L'arrêt du nucléaire, depuis l'accident de Fukushima, est devenu le leitmotiv des écologistes croyant y déceler un réel potentiel électoral; les centrales thermiques contribuent à l'effet de serre et au réchauffement climatique; le gaz de schiste fait l'objet de mobilisations locales et du principe de précaution un étendard; les énergies renouvelables se développent, mais face, là encore à des oppositions locales (photovoltaïque, éolien) et sans proportion comparable avec la productivité nécessaire. Bref, lors des douces saisons, les français se moquent du confort énergétique...

Pour la collection automne-hiver, en revanche, nous devrions retrouver dans les grands titres nationaux, les lamentations habituelles: augmentation du prix de l'essence; dépendance de l'Europe au gaz russe; pénurie d'électricité...

Comme la cigale et la fourmi, comme le soleil et la lune, les résolutions précautionneuses de l'été, et la réalité des factures d'hiver, ne se rencontrent jamais... Quand parviendrons nous à avoir un débat énergétique honnête et pédagogue qui proposera à nos concitoyens de véritables choix? 


Ce ne sera certainement pas, en tout cas, grâce aux écologistes, qui ont fait le choix de la ligne Joly plutôt que de la ligne Hulot. Au-delà de la regrettable association de thèmes gauchisants - comme l'antimilitarisme primaire - aux thèmes écologiques, auquel le vote des militants Verts condamne Europe Ecologie, l'escamotage annoncé dans le débat présidentiel de toute référence à la question du réchauffement climatique serait-il une reconnaissance implicite du succès de la politique actuelle, ou l'illustration de l'absence de valeurs et de véritables convictions des Verts historiques?

Quand Nicolas Hulot parvenait en 2007 à initier le Grenelle de l'Environnement, Eva Joly prend pour seul préalable au soutien des Verts à un éventuel gouvernement de gauche, l'abandon du nucléaire. 

Avec quelles solutions alternatives?

Le développement des économies d'énergie ne permettra jamais de faire face à une réduction de l'ordre de 75% de notre consommation électrique ou augmenter de 35 à 40% nos importations de ressources énergétiques. Il faudra donc, si l'on veut en sortir développer massivement d'autres sources d'énergie.

"Comme pour la crise financière face à laquelle l'Etat doit réduire ses dépenses et augmenter ses recettes, la crise énergétique nous demandera d'agir sur tous les leviers: réduction de la consommation, et diversification de la production."

On entend fréquemment abordée la question des énergies renouvelables. Elles répondent actuellement à moins de 8% de nos besoins énergétiques, et 14% de notre production. Si on ne peut que s'y montrer favorables, il faudra développer la recherche, et lever les barrières qui s'opposent très souvent au développement de ces nouvelles filières.

  1. - L'énergie hydraulique représentent à elles seules 29% de la production électrique par les énergies renouvelables. Moins médiatiques que l'éolien, ou le solaire, en raison de leur potentiel de production plus faible que ces dernières, elles méritent cependant d'être citées.
  2. -La biomasse regroupe toutes les matières organisques qui peuvent dégager de l'énergie. Cela représente donc aussi bien la fraction biodégradable des déchets industriels, urbains (7% de la production des énergies renouvelables françaises)et agricoles (0,8%) que le bois issu directement de la forêt (46%). Il est le fruit et l'enjeu d'une partie de la filière recyclage en France, mais avant tout de la filière bois. Comme l'hydraulique, sa marge de production supplémentaire relativement faible et surtout la complexité des réseaux à mettre en oeuvre limite son potentiel. 
  3. - la production éolienne en France représente 1,5% de notre consommation électrique. Le gouvernement a fait une priorité du développement de l'éoline offshore, évitant ainsi les nombreuses oppositions locales liées à l'implantation des éoliennes terrestres. Il entend placer les énergies marines à 3,5% de la production (soit 4,5 millions de foyers) en construisant 1200 éoliennes off-shore (6GW) d'ici 2020. Nous sommes encore loin du compte. 
  4. - Photovoltaïque: la France produit peu de ces panneaux, largement derrière l'Espagne et l'Allemagne, et surtout la Chine. Sa rentabilité est inférieure à celui de l'éolien, mais sa technique bien rodée et son coût peu élevé présentent pas mal d'attrait à courts termes... suffisants pour rabaisser le prix de rachat dont le niveau élevé était devenu un tel effet d'aubaine qu'un réel risque d'émiettement apparaissait. Risque également de voir certains agriculteurs préférer le photovoltaïque à l'exploitation de terres particulièrement fertiles qui a conduit les chambres d'agriculture à des positions très (sans doute trop) fermes à l'égard de nouvelles implantations de fermes photovoltaïques. Il faudra également penser à la question du recyclage qui n'est pas sans poser problème avec ce type de matériaux. Aujourd'hui le photovoltaïque ne produit que marginalement de l'électricité en France. 
  5. - Le solaire thermique à concentration: une solution sur laquelle le Languedoc-Roussillon aurait beaucoup à gagner puisqu'il est le seul territoire de France à disposer d'un ensolleillement suffisant à ce type de dispositifs. Malheureusement, l'expérience Thémis n'a pas incité EDF et le gouvernement, ni même le Conseil Régional,  à croire à ce dispositif qui fonctionne pourtant bien en Espagne et au Maroc.

Les énergies renouvelables sont donc une condition nécessaire à notre bouquet énergétique, voire à notre indépendance, mais certainement pas suffisante. Croire qu'un seul type de solution permettra de sauvegarder notre mode de vie est illusoire. Comme pour la crise financière face à laquelle l'Etat doit réduire ses dépenses et augmenter ses recettes, la crise énergétique nous demandera d'agir sur tous les leviers: réduction de la consommation, et diversification de la production.

Les promesses univoques semblent dès lors vouées à l'échec, et difficile d'imaginer quel gouvernement pourra mener de front la sortie du nucléaire, la réduction des productions de gaz à effet de serre, le refus d'une fiscalité écolo-énergétique, et le maintien d'une certaine idée de la croissance économique. 

Alors quelles perspectives?

Evidemment réduire la consommation d'énergie. Et en profiter pour remplir les caisses de l'Etat. L'incapacité des gouvernants à faire passer des mesures certes impopulaires, mais politiquement consensuelles que sont la Taxe Carbone et la TVA Sociale ne présage rien de bon sur notre capacité à anticiper la hausse des coûts avant qu'ils ne profitent exclusivement aux pays producteurs.

  • Le débat énergétique nécessaire à la France pourra-t-il s'insérer par les pores du débat fiscal non moins nécessaire? La frilosité des candidats à l'égard de la TVA Sociale ne peut que nous faire redouter une grande lâcheté à l'égard de la Taxe Carbone... Pourtant... Il est urgent de cesser de faire porter le coût de nos dépenses sociales sur notre travail. Même si CSG et charges sociales semblent indolores à nos concitoyens, nous devons leur mettre sous les yeux combien ces impôts à la source sont confiscatoires et nuisent à notre compétitivité. La TVA sociale ou la Taxe Carbone font certes grimper les prix (il faut évidemment sortir les produits de première nécessité, et choisir des secteurs fortement importateurs, ou cibler les produits de luxe), mais impliquent aussi les produits étrangers et la consommation des touristes dans le financement de notre système social. 

"Evidemment réduire la consommation d'énergie. Evidemment aussi, limiter nos propres limites..." 

Evidemment aussi, limiter nos propres limites... Dire non au nucléaire, est très facile, et surtout très épidermique, après un accident lié à un Tsunami... Or, le nucléaire a permis à la France d'être (à moitié) indépendante énergétiquement, c'est une filière d'excellence de l'industrie française, et représente des dizaines de milliers d'emplois. Les volte-face liées à l'actualité ne paraissent-elles pas, à cette aune, un peu légères? D'après un certain nombre de chefs d'entreprises allemands rencontrés cet été, Angela Merkel doit regretter la décision précipitée qui devrait conduire l'Allemagne à se passer du nucléaire. A ceux qui prônent la sortie du nucléaire, je demanderai donc des chiffres et un véritable plan alternatif. Ce que je n'ai pas vu pour l'instant.

On peut également regretter les envolées sur le gaz et le pétrole de Schiste. La confusion existe dans notre pays entre, le produit et la méthode. Si des inquiétudes peuvent légitimement naître des expériences amércaines en matière d'exploitation du gaz de schiste, ce n'est pas en raison du gaz de schiste lui même, mais en raison de sa méthode d'extraction. La fracturation hydraulique des schistes est en effet une méthode révoltante par la pollution qu'il engendre notamment dans les nappes phréatiques. Interdisons le procédé, mais n'interdisons en revanche pas les prospections. D'autres méthodes peuvent être améliorées comme celle de la fracturation électrique... dont l'efficacité réelle n'est pas attendue avant 10 ou 20 ans. La position du gouvernement sur le sujet apparaît donc comme équilibrée et responsable. Mais de grâce, comme pour le nucléaire, évitons les grands principes qui se paient de mots sur le sujet énergétique. la cigale et la fourmi.jpg

Qui sait? Nous ne sommes peut-être pas à l'abri de bonnes nouvelles? Comme la découverte au large de la Guyanne, dans nos eaux territoriales de gisements de pétrole off-shore "miroirs" à ceux du Ghana. Leur exploitation pourrait multiplier par 5 ou 6 la production pétrolière française et porter à 6% notre capacité de production "indigène"... La France n'est pas encore un émirat... mais paraît-il, la Lorraine pourrait recéler des sources très très abondantes...

Enfin, la sécurisation de nos approvisionnements énergétiques, en particulier de gaz, passe aussi par une politique européenne commune de l'énergie. Espérons que le développement d'un fédéralisme budgétaire facilitera, là encore, le passage à un service public européen de l'approvisionnement énergétique.

Un véritable débat énergétique doit émerger en France, qui permettent aux français de faire de véritables choix en toute "lumière" si vous me permettez le jeu de mot. 

Comme la cigale, ne présageons de rien donc, si ce n'est du pire pour, comme la fourmi, pouvoir espérer le meilleur. 
 

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