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28/05/2011

La passion... ou la dernière tentation du Christ?


cinema, filmL'un comme l'autre, comme toujours lorsqu'une oeuvre parle de religion avaient défrayé la chronique à leur époque respective... la dernière tentation s'était attirée les foudres des intégristes catholiques, la Passion, au contraire, celle de la Licra et de l'oecuménisme laïciste...

Même s'il faut garder beaucoup de mesure sur ces sujets épineux, et ces susceptibilités très subjectives, et personnelles, je crois qu'on peut juger d'un côté comme de l'autre, excessives ces réactions de haines à l'égard de ces films...

C'est sans doute, avec le fait de parler du Christ, le seul point commun du film de Scorsese et de Gibson...


D'abord d'un point de vue technique, Scorsese a produit ce film avec très peu de moyens, et bien que cela soit très réussi, et que chaque plan serve un contenu très riche, on ne peut pas dire que le scenario de Gibson eut soutenu une telle indigence... Par contre, Gibson, voulait parler d'histoire et nous montrer un dieu, tel un constructeur de cathédrale, il ne pouvait qu'y mettre les moyens, et quel bonheur pour nos oreilles d'entendre les acteurs parler en latin et en araméen (combien de fois ai-je souhaité voir cela dans d'autres films, notamment la Dernière Tentation du Christ).

Bref, si ces oeuvres sont différentes, c'est avant tout dans leur propos et leur ambition.

Car, si Scorsese a voulu dans son film parler de Dieu en montrant un homme, Gibson, lui, dans une démarche très christique, et évidemment très croyante, a voulu parler des hommes en montrant un Dieu.
Dans la Dernière Tentation du Christ (d'après le roman de 1955 de Nikos Kazantzakis), Jesus est avant tout un homme, pris face au vertige de l'existence humaine et de celle de Dieu... c'est l'histoire d'un homme que l'on somme d'être Dieu, et qui voulait peut-être être un homme, cette condition si enviable, ce confort si doux... qui finalement se révèlera amer (voir la problématique soulevée par Gangs of New York)... C'est bien en philigramme, cette question là qui est posée Dieu est-il un sacrifié ou un orgueilleux? Cette question mis le feu aux esprits chrétiens...

 

"Car, si Scorsese a voulu dans son film parler de Dieu en montrant un homme, Gibson, lui, dans une démarche prosélyte, a voulu parler des hommes en montrant un Dieu."



Dans la Passion du Christ, on nous montre indiscutablement un Dieu... à travers les souffrances du calvaire, sur-exposées, Mel Gibson souligne la nature sur-humaine du Christ... et finalement, en voyant un dieu que l'on fait souffrir, c'est au bourreau que l'on s'identifie... c'est à l'homme... alors chacun peut choisir son camp... du saint, au juge hébreu, en passant par les romains, compatissants et civilisés ou sous-gradés et bourreaux... tout ça, nous livre un tableau bien sombre de l'espèce humaine, basé sur la haine, et la asabiyah décrite par Ibn Khaldoun qui forme le groupe sur l'exclusion de l'autre. Là encore, on peut y voir une incitation à la haine raciale, une haine des juifs présentés commes les bourreaux acharnés du Christ, une valorisation des sphères du pouvoir, et un mépris de la plèbe, à travers la dichotomie entre nobles romains et légionnaires avinés...

Pour l'un comme pour l'autre, je voudrais en guise de conclusion à ce commentaire nuancer les critiques publiques dont ils ont été l'objet.

A l'heure, où nous vivons dans un monde laïc et que l'on a patiemment, pour paraphraser Max Weber, désenchanté, c'est à dire, désacralisé, sécularisé... à l'heure où l'individu et l'ego sont la mesure de toute chose, je vois en La Dernière Tentation du Christ, une tentative désespérée de rapprochement entre l'homme et Dieu... basée sur la force de l'ego, pour redonner vie au message du Christ: soyez bon, miséricordieux, telle est la voie de l'individu... elle rappelle que le christiannisme a ouvert la voie à la naîssance de l'individu, absent de l'antiquité, et souligne que la voix de la miséricorde, de la tolérance, et de l'amour entre personnes, est la seule façon de faire exister l'individu... tout oubli de ces valeurs, le conduira irrémédiablement comme l'avait prédit Tocqueville, à l'anarchie ou au totalitarisme... bref un nouveau type de holisme...

La Passion du Christ pour sa part, est plus sombre... ce film, comme je le disais plus haut nous renvoie dans son initiale et majeure partie à notre nature belliqueuse, violente et grégaire... il fût, on ne peut le discuter, un film choc, voire dangereux car susceptible d'équivoques, qui n'ont pas manqué d'être entretenues, à une époque où le peuple juif est soumis à des menaces constantes de haine sur son nom... Cela dit, il faut aussi voir, comment Gibson montre tout au long du chemin de croix, la façon du Christ de "rendre chose nouvelle"... à partir de cette déclaration à Marie... des individus apparaîssent sur son chemin... pour prouver que Jesus a commencé de sauver l'humanité: le samaritain, Véronique, puis les soldats romains, puis la rédemption de ceux qui n'ont pas su ce qu'il faisait... Chaque individu sur le chemin de son calvaire illustre le message du Christ... aimez-voud les uns les autres, soyez miséricordieux... ne cherchez pas la vengeance, pas à vous moquer... et in fine... il redonne au Christ sa dimension humaine... tout est accompli!

10:27 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema, film

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