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05/11/2010

L'alliance américaine II

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Au lendemain de la victoire des républicains lors des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, une lubie bien française repointe le bout de son nez, après une éclipse de deux ans derrière l'auréole de Barack Obama: l'anti-américanisme primaire.

Illustrée, motivée, nourrie, par le développement des Tea-Party, ces mouvements conservateurs à droite du parti républicain qui doivent leur nom à l'opposition qu'avait suscité aux XVIIeme siècle l'instauration d'une taxe sur le thé, l'image d'une amérique égoïste, bigotte, et frileuse, est de nouveau exploitée dans les médias français et chez certains observateurs.

Mais cette image caricaturale illustre en fait combien notre système politique est éloigné de celui qui régit les Etats-Unis. Une image caricaturale qui reflète en fait bien plus fidèlement notre incapacité à penser en des termes qui ne soient pas manichéens un bi-partisme bien plus consensuel que la bi-polarité de notre vie politique actuelle.

"Quand les élections législatives en France donnaient un grand coup de balancier politique, aux Etats-Unis, il faut parler de ré-équilibrage."

La cohabitation qui va s'instaurer entre le congrès et le président des Etats-Unis n'a rien à voir avec ce que nous connaissions en France jusqu'à l'instauration, en 2002, du quinquennat. Quand les élections législatives en France donnait à l'exécutif français un nouveau gouvernement, à défaut d'un nouveau Président, elles donnaient un grand coup de balancier. Aux Etats-Unis, il faut parler de ré-équilibrage. Quand en France, la cohabitation existait au sein du pouvoir exécutif, aux USA, elle se régit entre pouvoirs exécutif et législatif. Enfin, quand un citoyen américain s'exprime tous les deux ans sur les orientations politiques de l'Union, les français confèrent à un seul homme la légitimité de les gouverner pendant la durée extrêmement longue de cinq ans!

Autrement dit, parce qu'il existe en France une élection suprême vers un poste suprême, qui en concentrant tous les pouvoirs institutionnels focalise du même coup l'ensemble de la vie politique sur elle, nous avons une opposition déresponsabilisée, et qui souhaite l'échec du camp au pouvoir au détriment de l'intérêt de la nation. Aux Etats-Unis, au delà de la culture anglo-saxonne du consensus, l'équilibre qui existe entre les pouvoirs exécutif et législatif, leur indépendance réciproque, et la désynchronisation de leur élection, implique chaque camp dans la réussite du projet commun et amène le citoyen à être vigilant sur l'objectivité et la bonne volonté de son représentant.

J'avais été particulièrement marqué (lire ci-dessous), il y a tout juste deux ans, par la réaction de John Mac Cain, candidat malheureux face à Barack Obama, qui tranchait particulièrement avec celle des candidats français battus par Nicolas Sarkozy. Elle était pour moi, le reflet d'un état d'esprit américain dont on ferait bien de s'inspirer pour améliorer notre capacité à nous entendre, à être objectif, et à dégager des solutions consensuelles qui soient capables de rassembler la grande majorité des français.

Plutôt que de les critiquer, nous aurions sans doute intérêt à nous en inspirer. A nous en inspirer pour refonder notre démocratie en ré-équilibrant les pouvoirs!


L'ALLIANCE AMERICAINE, 5 novembre 2008

Bien des choses ont été dites sur l’élection de Barack OBAMA. Le futur Président des Etats-Unis incarne un certain nombre de symboles qui ne peuvent que soulever l’enthousiasme, ou pour les plus sceptiques, un espoir.

Au delà de ce véritable engouement, je souhaiterais simplement attirer l’attention sur l’attitude de John Mac Cain au soir de sa défaite. On parle de fair-play, d’élégance… ces termes là sont ceux qu’on donne aux vaincus, et certes oui, le “Mac is not back”. Mais je crois qu’il serait trop restrictif de ne voir dans le discours du candidat républicain qu’une geste de gentleman.

Americans never quit…

C’est aussi une volonté de ne pas démissionner. Une volonté de faire son maximum pour son pays. Une volonté de ne pas diviser le pays en deux parties antagonistes. Une volonté de rassemblement, qui ressemble à celle de Nicolas SARKOZY après son élection.

Dès lors le paralèlle avec la France est cruel pour notre classe politique engoncée dans ses strates partisanes. Vous aurez saisi la différence: aux Etats-Unis, c’est le battu ne l’est que pour lui même (John Mc Cain a assumé personnellement sa défaite), et refuse d’entraîner son pays dans la politique du pire.

En France, on préfère “savoir pour qui ne pas voter” ou “rassembler ses forces”, enfin sa minorité en lui promettant des jours meilleurs, plutôt que de chercher à faire valoir ses idées et proposer son aide à celui qui aura la lourde tâche de gouverner.

John Mac Cain, en reconnaissant les “capacités exceptionnelles” de Barack Obama, en étant “profondément touché par l’espoir qu’il [Obama] a inspiré auprès de gens qui ne croyaient pas pouvoir participer à la destinée de leur pays” a, pour sa part, montré que, non seulement, il avait le devoir de représenter et faire vivre les millions de voix qui se sont portées sur sa candidature, mais, au delà, que l’on pouvait gouverner sans être au pouvoir, et que la responsabilité des prochaines années n’incombait pas qu’au vainqueur mais à toute la classe politique.

Hier soir les américains ont sans doute gagné un futur grand chef d’Etat, ils ont en tout cas fait la preuve de leur dignité et de leur sagesse.

Commentaires

Effectivement, la cohabitation actuellement "subie" par M. Obama ne pose aucun problème particulier, vu que quelque soit le président, Démocrate ou Républicain, c'est toujours la même nébuleuse (complexe militaro-industriel, banques et quelques firmes transnationales) qui, dans les faits, dirige (d’une main de fer) les USA !

Toujours est-il que si l'on a du mal à comprendre à quoi correspond réellement l'expression "anti-américanisme primaire" utilisée par M. Devèze, on comprend bien que lui a clairement choisi la "bé-attitude" (primaire ?) envers les USA (mais c'est un point commun et obligatoire de tous les européïstes).

Écrit par : aveclotanvatoutsenva | 28/01/2011

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